Objectif News

"Guide des bonnes pratiques d'égalité professionnelle femmes/hommes, interview de Jacqueline Martin"

le 14/02/2012

Jacqueline Martin parle du Guide des bonnes pratiques d'égalité professionnelles femmes/hommes en Midi-Pyrénées

En Midi-Pyrénées, l’écart de rémunération entre hommes et femmes est de 15% et les femmes représentent seulement 7% des dirigeants d’entreprises de plus de 500 salariés. Pour promouvoir le "Guide des bonnes pratiques d'égalité professionnelles femmes/hommes", l’association Artemisia co-organise les Rencontres Régionales de l’Egalité Professionnelle le 6 mars 2012 à l’hôtel de région. Entretien avec Jacqueline Martin, économiste et sociologue à l’Université Toulouse 2 le Mirail. 

Pourquoi les entreprises ont-elles intérêt à instaurer des mesures en faveur de l’égalité professionnelle femmes-hommes ?

L’égalité professionnelle est un enjeu de société mais aussi un enjeu économique. Les femmes ont des compétences différentes de celles des hommes dans une entreprise. Pas du fait qu’elles soient des femmes mais par rapport à une socialisation différenciée. Elles ont une autre appréhension de la vie en général. Elles ont appris à gérer une vie de couple, un travail, une famille, etc. Le mot de « complémentarité » ne me plait pas beaucoup car on dit que les femmes sont « attentionnées » par exemple, ce qui efface leurs compétences et leurs diplômes. Mais si l’efficacité économique n’a pas été mesurée dans les entreprises qui font appel à des femmes, les patrons le disent : les femmes représentent un vivier de compétences dont les entreprises ont besoin et la cohésion sociale est meilleure quand on dépasse la vision stéréotypée des rôles masculins et féminins.

Les femmes sont sur-représentées dans les emplois peu qualifiés (70% des secrétaires et personnels administratif en Midi-Pyrénées), elles sont le plus souvent dans les métiers du social et de l’éducation. Est-ce un choix subi ou choisi ?

Ce n’est forcément subi mais c’est le fruit de la socialisation. Cela ne vient pas forcément des entreprises, ça remonte  l’école. Nous sommes dans une société où l’on croit encore que les garçons ne peuvent pas s’occuper de personnes âgées. On a beaucoup de mal à faire évoluer les mentalités, c’est comme si l’avenir était prédéfini par le sexe ! Les femmes font le choix de la facilité en croyant qu’elles le font par goût. Le taux de réussite des filles au bac est supérieur de 4 points par rapport à celui des garçons et pourtant elles ne sont  que 35% dans les études scientifiques.

Il y a des lois, pourquoi ne sont-elles pas appliquées ?

Il y a eu au moins 6 lois depuis 40 ans que l’on poursuit cette chimère ! La dernière, qui date de 2010, impose des sanctions financières aggravées. Mais je ne pense pas que ce soit la bonne solution, surtout en temps de crise pour les entreprises.  Il y a de toute façon un défaut de contrôle des entreprises. Les inspecteurs du travail ne sont pas suffisants. Il manque une véritable politique d’incitation, avec les moyens qui vont avec. Les entreprises sont sensibles au sujet de l’égalité professionnelle femmes-hommes mais ne savant pas comment faire ! Il faudrait financer des associations compétentes, qui font un travail de terrain auprès des entreprises, des experts qui pourraient diagnostiquer les besoins et les solutions, sachant que mixité ne veut pas dire égalité. Il faut expliquer par exemple que le taux d’absentéisme n’est pas plus important chez les femmes. C’est un des stéréotypes-frein à l’embauche de femmes.

Concrètement, que peuvent faire les entreprises ?

En ce qui concerne l'égalité salariale par exemple, notre guide des bonnes pratiques suggère de mettre en place des systèmes de rémunération transparents, y compris pour les avantages et les primes. Pour promouvoir la mixité des métiers nous conseillons, lors du recrutement, de ne pas poser des questions sur la vie  privée uniquement aux femmes. En ce qui concerne l'accession des femmes à des postes à responsabilités, il faudrait réviser la culture du "présentéisme" en adaptant les horaires de travail autant pour les hommes que pour les femmes qui ont des contraintes familiales, ou encore supprimer la limite d'âge d'accès à ces postes haut placés.

Pour en savoir plus :

  • Economiste et sociologue, Jacqueline Martin est lauréate des Trophées des Femmes Objectif News 2011 - catégorie recherche
  • C’est à l’occasion de la Journée Mondiale des Droits des Femmes 2012 que l’association Artémisia, avec le soutien de la Région Midi-Pyrénées, de l’Assemblée Nationale, de la DIRECCTE Midi-Pyrénées, de la DRDFE Midi-Pyrénées et de l’équipe SAGESSE du CERTOP (UTM), organise les « Rencontres régionales de l’égalité professionnelle femmes-hommes en Midi-Pyrénées ». Ce sera le 6 mars à l’hôtel de région.

Propos recueillis par Sophie Arutunian

Photo Rémi Benoit

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